dimanche 3 novembre 2013

Louis XIV - Les Filles du Roy partie 2

Louis XIV - Les filles du Roy partie 2
 
 
Avec l’appui de Marie Vignerot, duchesse d’Aiguillon, trois Augustines Hospitalières vinrent fonder l’Hôtel Dieu de Québec en 1639. Cette même Compagnie du Saint-Sacrement, avec à sa tête Jean-Jacques Olier, s’associera à Jérôme Le Royer de la Dauversière, pour créer la « Société Notre-Dame de Montréal pour la conversion des Sauvages de la Nouvelle-France » et fonder Montréal en 1642. N’est-ce pas encore à une autre dame proche de cette compagnie, Angélique Faure veuve de Claude de Bullion, que l’on doit la construction de l’Hôtel Dieu de Montréal? Et Madame de la Peltrie, riche veuve percheronne partie au Canada pour créer le couvent des Ursulines avec Marie de l’Incarnation en 1639, n’avait-elle pas épouser en un mariage blanc Jean de Bernières, l’ermite de la Compagnie caennaise du Saint-Sacrement ? Or, c’est dans cet Ermitage de Caen que François de Montmorency Laval prépara son départ comme premier évêque du Canada en 1659. Et le premier curé de Québec, Monsieur Henri de Bernières, n’était-il pas le neveu de l’ermite de Caen ?

Compagnie dangereuse, compagnie secrète, dit Maximilien Vessier de ces gens de l’ombre qui, au XVIIe siècle, noyautaient tout ce qui touchait à la charité et à son « exploitation », tant dans les missions extérieures (comme au Canada) que dans les missions intérieures (comme à l’Hôpital Général de Paris). Gens de l’ombre, gens de pouvoir, gens d’argent, ils étaient omniprésents dans l’encadrement du grand renfermement des pauvres en France et surtout dans l’esprit qui le sous-tendait. Ils disparurent de l’administration de la Salpêtrière après 1673, Colbert avait eu raison d’eux. On passa dès lors du redressement moral à la répression pénale.

Les premiers travaux à peine commencés dans l’enclos de l’ancien Petit Arsenal, tout est arrêté le 9 novembre 1653. Le président du Parlement Pomponne de Bellièvre élaborait un contre-projet. Mais il meurt avant sa réalisation. Son successeur Guillaume de Lamoignon ne voit pas non plus les choses comme Monsieur Vincent, l’inspirateur du grand dessein. L’Hôpital Général ne sera pas un lieu d’accueil, d’aide et de soutien aux « bons pauvres », mais un lieu d’incarcération, de correction, de mise aux pas des fainéants, des vicieux, des mécréants, ces « mauvais pauvres ». C’est Louis XIV, âgé de dix-huit ans, qui, le 27 avril 1656, signe l’Edit royal portant création de « L’Hôpital Général pour le Renfermement des Pauvres de Paris ». Anne d’Autriche, Mazarin et la « Compagnie du Très-Saint-Sacrement de l’Autel » en étaient cependant les véritables instigateurs.

En mai 1657, les mendiants sont raflés dans les rues de Paris par les « archers des gueux» et enfermés de gré ou de force dans les Maisons de ce nouvel ensemble. On sépare les familles, les hommes sont dirigés sur « Bicêtre », les garçons sur la « Savonnerie », les garçonnets vers la « Pitié », les femmes et les fillettes vers la « Salpêtrière ». « Scipion » accueille les femmes sur le point d’accoucher, les nourrissons et leurs nourrices. Un « refuge » (Sainte-Pélagie) reçoit à la Pitié les « femmes de mauvaise vie ». Nadine Simon écrit dans son ouvrage sur la Pitié-Salpêtrière : « Dès 1657, on dénombre à la Salpêtrière 628 personnes ». En 1661, on y comptera 1460 femmes et enfants.

Le régime de vie est le même pour tous, quasi conventuel. Beaucoup de prières et de cérémonies à la Chapelle (il faut les aider à sauver leur âme), tout au long de la journée. Les valides sont mis au travail dans de grands ateliers (ils doivent gagner leur pain), en silence et toujours surveillés. Les récalcitrants sont corrigés et mis au carcan. Le régime est réduit au pain, à l’eau et à quelque brouet qu’on appelle soupe. Les enfants vivent dans les Ecoles, où on leur apprend à lire, à écrire, surtout à être de bons chrétiens. Tôt initiés à diverses tâches, ils sont rapidement mis au travail. Hygiène réduite au minimum, un même habit pour tous, une grande promiscuité dans les dortoirs, sous les combles, où on partage les lits à plusieurs. Silence, yeux baissés, prières murmurées, lectures des textes sacrés faites en latin, silence, yeux morts, plus personne n’existe.

A la Salpêtrière, le seul bruit est celui des travaux de construction des bâtiments autour des premières granges et magasins aménagés (La Vierge, aujourd’hui Hemey). Le roi veut un site grandiose à la mesure de sa gloire. Cependant avant 1673, date du dernier recrutement de Filles du Roy, peu de grands pavillons sont sortis de terre : St-Jacques, aujourd’hui Jacquart sud, accroché à Hemey est terminé en 1655 ; suit en 1660 Saint-Joseph, aujourd’hui Mazarin, pour accueillir les vieux ménages. Quant à Saint-Louis de la Salpêtrière, la Chapelle octogonale dont les plans sont de l’architecte Le Vau, elle prend corps à partir de 1670 et ne sera terminée qu’en 1678. Les jeunes femmes envoyées au Canada n’y ont donc pas prié. Elles ne connurent pas non plus la Maison de Force mise en chantier en 1680, destinée à emprisonner les prostituées et les femmes condamnées sur lettre de cachet. En 1690, 3 000 femmes vivront entre les murs de la Salpêtrière où la folie ira grandissante.

Les Filles du Roy de l’Hôpital Général, envoyées en Nouvelle-France entre 1665 et 1673, ont-elles subi la vie terrible des Folles d’enfer de la Salpêtrière qu’évoque l’artiste Mâhki Xenakis dans le livret d’accompagnement de son ensemble de sculptures présentées dans le jardin et la Chapelle de l’Hôpital en 2004-2005 ? Les « grands renfermements » confinent tous à la déshumanisation et mènent au désastre de la folie. Mais les premières heures de la Salpêtrière connues par nos pionnières ont-elles été aussi infernales?

Faisaient-elles partie des fillettes nées les quinze années précédentes à la Salpêtrière, ou avaient-elles été ramenées de la Maison Scipion? Ou bien, orphelines, avaient-elles étéauparavant accueillies dans les Ecoles de l’Hôpital? Appartenaient-elles encore au groupe des « bijoux », ces anciennes élèves distinguées pour leur grâce et leur intelligence, qu’on poussait dans la carrière hospitalière (ou qui pouvaient devenir domestiques en ville et se marier avec remise d’une dot de 300 livres)? Toutes les Filles du Roy parties de la Salpêtrière ont déclaré, lors de leur contrat de mariage, des biens estimés à 300 livres – ne serait-ce pas le trousseau de la Salpêtrière? Silvio Dumas, l’un de leurs historiens, se plaisait à les voir parmi ces « bijoux ».

Enfin, étaient-elles enfermées là depuis peu au moment du recrutement? C’était le cas de Marie-Claude Chamois (la seule Fille du Roy qui ait rapporté son histoire). Orpheline, fugueuse pour échapper à un problème familial, mise à la Salpêtrière par mesure de protection, elle part quelques mois plus tard (en 1670) pour la Nouvelle-France. Par ailleurs, certaines jeunes filles, d’origine noble ou bourgeoise, se sont trouvées parmi les Filles du Roy, suite à la mort des parents ou à une mauvaise fortune de leur famille. Quelques-unes n’étaient pas des pensionnaires de l’Hôpital, mais y furent dirigées par un proche pour bénéficier de l’aide royale et se marier au Canada. Catherine de Baillon partie en 1669, fille d’un écuyer du roi ruiné, n’avait-elle pas une lointaine parente, Mademoiselle Viole, Dame de la Charité active au sein de la direction de l’Hôpital, et un ami de la famille parmi les hauts personnages de l’administration canadienne? Enfin, on peut supposer que certaines pupilles de la paroisse Saint-Sulpice dont faisait partie Anne Perrot, l’aïeule des Blais d’Amérique arrivée à Québec en 1669, se joignaient aux groupes rassemblés à la Salpêtrière.

Orphelines en France et pionnières en Nouvelle-France

Autant de questions auxquelles il est impossible de répondre : nul document qui concerne ces convois de filles parties pour le Canada n’ayant été retrouvé à ce jour dans les Archives de l’Hôpital Général de Paris. Les informations disponibles sont extraites des correspondances échangées entre Colbert et Talon, entre Marie de l’Incarnation et son fils resté en France, des Relations des Jésuites qui racontent par le menu la vie de la colonie et de divers témoignages de contemporains qui ont côtoyé ces femmes en Nouvelle-France.

« Nos ancêtres ont quitté l’anonymat en franchissant l’Atlantique », a pu dire le démographe québécois Hubert Charbonneau. Les Filles du Roy de la Salpêtrière, en tournant le dos à leur « enclos », ont trouvé la liberté et recouvré leur identité. C’est le plus beau cadeau que leur fit Louis XIV, mais il ne le savait pas. Les précisions qu’elles ont fournies aux notaires et aux curés, lors de leur mariage, ont permis de reconstituer le déroulement de leurs histoires. « Saintes ou pouliches » (comme disait George Sand), qu’importe au fond… Ces quelques centaines de femmes, ayant mis un Monde au monde, ont toutes été de grandes bâtisseuses.

Maud SIROIS-BELLE

Mariage avec les autochtones n'est pas suffisante

Rapidement, on réalise que l’immigration à elle seule n’est pas suffisante pour coloniser cette nouvelle terre aux étendues infinies. Il faudra donc miser sur la procréation. Bien entendu, quelques exilés français épousent des Autochtones, mais cela est plutôt mal vu par le Clergé. C’est avec cette problématique en tête que Louis XIV décide de faire une pierre, deux coups.

C’est ainsi que, dans le cadre du programme royal d’immigration subventionnée, le roi envoie environ 770 orphelines en Nouvelle-France, entre les années 1663 et 1673. D’une part, il est plus économique pour l’État de payer le voyage en bateau à ses orphelines que de les entretenir. D’autre part, on règle sommairement le problème de peuplement présent au Canada. On pourrait même ajouter qu’on évite que les colons français ne prennent part à un métissage ethnique jugé impur.

Les filles du roi étaient de jeunes femmes soustraites à l’autorité parentale – quoique chaperonnées – qui n’étaient pas enfermées dans l’enceinte bien gardée d’un établissement. Qui plus est, elles se mariaient sans l’entremise de la famille. Elles frôlaient ainsi les limites du désordre sexuel, et cela faisait d’elles, selon la conception du temps, des femmes de mœurs légères. »

En 1668, Jean Talon parle de celles qui, parmi les Filles du roi, nourrissent des attentes quant à un héritage futur : «Entre les filles qu'on fait passer ici, il y en a qui ont de légitimes et considérables prétentions aux successions de leurs parents, même entre celles qui sont tirées de l'Hôpital Général de Paris».

Marguerite Bourgeois s’occupa de ses filles et leur enseigna en premier lieu la religion pour stimuler la piété des colons.

Elles les forment même lorsqu’elles seront mariées aux différentes tâches ménagères qui les attendent : tissage, couture, cuisine, s’occuper du potager, de la culture, cuisson du pain, cueillir les plantes médicinales.

Elle ouvre une première école en 1658 à Montréal. Il nait ainsi un système scolaire non seulement pour les enfants mais pour les mères, les filles du Roy,. Il se tisse ainsi un réseau d’œuvres sociales.

800 filles à marier

Femmes immigrantes dont le départ vers l'inconnu était volontaire, elles sont envoyées en Nouvelle-France pour répondre aux besoins de peuplement de la colonie.

« Les filles du roi, tout comme leurs devancières, ont été des femmes courageuses... Émigrer vers des colonies lointaines, peu sûres et au climat difficile, était une aventure à tenter pour des hommes, mais très mal vu à l'époque pour des femmes. »

Elles sont néanmoins parties, quittant la France pour ne plus revenir. Elles débarquent dans un pays jeune où tout est encore à faire, où tout reste à bâtir. Un peu plus de la moitié de ces filles sont des orphelines, sans dot et donc sans avenir, et la majorité ont moins de 25 ans. Si la plupart sont originaires de Paris, les autres proviennent des provinces environnantes dont la Normandie, la Bretagne et l'Ile de France. Le recrutement se faisait principalement à La Salpêtrière, qui hébergeait les femmes indigentes et les orphelines. On leur enseignait à lire, à tricoter, à faire de la lingerie, de la broderie et de la dentelle; on leur donnait un solide enseignement religieux.

« Une fois embauchées, les "filles du Roi" étaient dirigées vers un port de mer, soit Dieppe, soit La Rochelle, où elles embarquaient sur des navires en direction du Canada. »

 
Plaque commémorative

Les Filles du Roy possèdent une plaque commémorative en leur honneur, située dans la ville de Trois-Rivières, ainsi que dans le Vieux-Québec. Il existe aussi en leur mémoire un restaurant à Montréal au nom des Filles du Roy, et ce depuis 1964 dans le Vieux-Montréal, au coin des rues St-Paul et Bonsecours, près de la petite chapelle de Notre-Dame-de-Bonsecours dont la fondatrice fut Marguerite Bourgeois, qui était en charge des nouvelles venues qui cherchaient maris.

Travail de la terre

Dès 1668, des mesures sont prises pour réduire le risque de voir débarquer d’autres (citadines). C'est pourquoi Anne Gasnier, une femme de la ville de Québec, a été désignée pour se rendre en France afin de participer au choix des recrues qui présentaient le meilleur potentiel d’adaptation au contexte particulier de la Nouvelle-France. Elle s’est adressée aux institutions de charité, là où étaient reçues et hébergées orphelines et filles pauvres.

Après l’Île-de-France, les provinces ayant le plus contribué à ce mouvement furent la Normandie, l’Aunis, le Poitou, la Champagne, la Picardie, l’Orléanais et la Beauce. Seules l’Alsace, l'Auvergne, le Bourbonnais, le Dauphiné, la Provence, le Languedoc, le Roussillon,T le Béarn, la Gascogne et le comté de Foix semblent ne pas y avoir participé.

 La plupart des Filles du Roy étaient des célibataires d’origine modeste, mais on dénombre quelques filles de haut rang, parfois de la petite noblesse. Bon nombre étaient issues de familles terriennes, plusieurs étaient orphelines. Parmi elles se sont glissées quelques veuves dont certaines avaient déjà donné naissance à un enfant.

Les dots conventionnelles des filles du pays étaient généralement constituées de meubles, d’articles de ménage, d’argent, de terres ou d’autres biens reçus en héritage. S’ajoutait parfois à ces éléments qui ont été identifiés au contrat de mariage, la perspective d’un héritage à venir. Généralement, quel que fût leur sexe, tous les enfants d’un couple ont droit à une part égale de l’héritage familial. Même la plus pauvre des filles pouvait compter sur des biens qui, s’ils ne lui appartenaient pas au moment de l’engagement, pouvaient venir plus tard, un jour, enrichir le patrimoine de la famille qu'elle s’apprêtait à fonder.

Des femmes bien portantes Les filles cherchaient des hommes qui avaient une maison ou une terre, dit-on. Les colons, de leur côté, essayaient de choisir les femmes les mieux portantes pour le travail de la ferme. On les présentait les uns aux autres lors de soirées organisées. Il y avait ensuite l’étape du notaire, puis celle du mariage à l’église.

L’expression Filles du Roy s’appliquait exclusivement aux femmes et aux filles ayant immigré en Nouvelle-France entre 1663 et 1673. Ces jeunes femmes âgées de 15 à 30 ans prêtes à se marier et à procréer étaient appelées ainsi parce que, pour les dépenses liées à leur transport et à leur établissement, elles avaient une dot de 50 livres de la part du roi. Si elles n’éprouvaient généralement pas de difficulté à se trouver un mari, quelques-unes en rencontraient dans l’adaptation à la vie quotidienne en Nouvelle-France. La raison en était simple puisque, selon Marie de l’Incarnation, il s’agissait de citadines, peu ou pas préparées aux travaux des champs.

                                        Des filles pour le Régiment de Carignan

Il est difficile, sinon impossible, de savoir en quoi leur éducation a consisté. Semblables en cela aux femmes et aux hommes de leur temps, la plupart d’entre elles ne savaient ni lire ni écrire. Parmi elles, quelques “beaux partis” étaient destinés aux officiers du régiment de Carignan-Salières ou aux célibataires d’origine bourgeoise ou noble. C’était des "demoiselles". Leur nombre, puisqu'on souhaitait surtout l’apport de femmes robustes et aptes au travail, était mesuré. Au total, moins d’une cinquantaine de Filles du Roy appartenaient à cette élite.

Entre leur arrivée à Québec et leur mariage, les Filles du Roy étaient placées sous la protection de religieuses, de veuves ou de familles. Elles y étaient logées et nourries.
Filles du Roi « Protestantes »

Le site web des Histoires du temps passé rapporte qu’à bout de souffrances, certains protestants créèrent une formule originale d’abjuration :

Irène Belleau

« J’abjure maintenant / Calvin entièrement / J’ai en très grand mépris / Et en exécration / De Calvin les leçons / Rome avec sa croyance / J’ai en grande révérence / La messe et tous les saints / Du Pape, la puissance / Reçois en diligence ».

ll est bien connu que les protestants furent exclus de la colonisation en Nouvelle-France. C’était un « principe » car en réalité, l’histoire nous prouve qu’il en vînt et des plus importants pour le développement de la Nouvelle-France : marchands, soldats, hommes de métiers – et des Filles du Roy aussi -.  Ce n’est pas le lieu, ici, de faire l’historique de la « religion réformée de France » mais il est toutefois important de rappeler d’une part, que c’est Jean Calvin (1509-1564), qui est à l’origine du calvinisme. Ses adeptes nommées huguenots se multiplièrent rapidement de sorte que vers les années 1550-1560, la France comptait 15 % de protestants c’est-à-dire environ 2 millions de partisans. C’est l’époque des guerres de religion où massacres et assassinats conduisirent à l’Édit de Nantes du 15 avril 1598 du roi Henri IV qui tolérait la présence des protestants en autorisant le culte calviniste, sous certaines conditions. Puis, le 18 octobre 1685, à Fontainebleau, Louis XIV révoqua cet édit. Il permettait aux protestants de vivre en France mais sans pratiquer leur religion; il ordonnait la destruction des temples protestants. Ou bien on se « convertissait », ou bien on fuyait la France, ce que firent moints huguenots et huguenotes en s’expatriant en Nouvelle-France.

Certaines Filles du Roi abjurèrent avant de quitter la France, la plupart avaient été baptisées dans un temple protestant – donnée bien connue – d’autres le firent à leur arrivée en terre d’Amérique ; d’autres dont le retour en France peu d’années après leur arrivée a bien pu reposer sur la difficulté de   »s’acclimater » au climat religieux de leur nouveau pays. Qui sont elles ?

Il y a d’abord les Filles du Roy originaires de La Rochelle et de l’île de Ré : Françoise Ancelin, la veuve Marguerite Ardion, Catherine Barré, Elizabeth Doucinet, Anne Javelot, Marie Léonard, Anne Lépine, Barbe Ménard, Marie Targer, Marie Valade.

Il y eut de Rouen en Normandie, Catherine Basset, Marie Deshayes, Marie Huet, Marthe Quitel; de la Saintonge, Isabelle Dubreuil; du Languedoc, Madeleine Delaunay et, de Paris, Barbe Roteau et Madeleine Tisserand.

Que savons-nous de leur séjour en Nouvelle-France ?

Françoise Ancelin/Asselin et Barbe Ménard ont épousé toutes les deux des huguenots: Guillaume Valade et Antoine Vermet. Ces deux couples se sont établis l’un à Charlesbourg et l’autre à Ste-Famille de l’Île d’Orléans. Les Valade sont venus ici nombreux. Guillaume Valade et son frère Jean vinrent rejoindre  leur soeur Marie arrivée en 1663 et qui avait elle-même été précédée ici de son cousin Jean Normandin, tonnelier, arrivé en 1650 avec sa femme Marie Desmaisons et leur fils Mathurin ainsi que leur oncle Pierre Cousseau et sa soeur Marie. Marie Valade baptisée à La Rochelle dans la religion protestante épousa en premier Jean Cadieux, laboureur et défricheur, natif du Mans en Maine, le 26 novembre 1663, à Montréal. Ils eurent 10 enfants.

Jean Cadieux mourut le 30 septembre 1681 à Montréal et Marie Valade épousa en secondes noces, un  autre huguenot, Philippe Boudier de St-Cloud, non loin de Nanterre, en 1682, et 3 autres enfants complétèrent la famille Valade/Ancelin.

De Rouen, Catherine Basset et Marthe Quitel, signèrent leur abjuration du calvinisme en arrivant à Québec. L’une le 17 juillet 1665, année de son arrivée et l’autre, le 16 juin 1667, année aussi de son arrivée. L’une est native de St-Cloud et l’autre de St-Ouen. Marthe Quitel épouse un huguenot, le 22 septembre 1665 à Québec, Barthélémy Verreau, forgeron et taillandier, arrivé en 1662 de Langres en Bourgogne. Ils s’établirent à Château-Richer et eurent 9 enfants. Catherine Basset, quant à elle, épouse Pierre Bourgouin dit le Bourguignon, tissier, le 17 octobre 1667.

Ce couple habite Québec puis Catherine Basset   »étant bannie de Québec en raison de sa vie déshonnête et scandaleuse », il se réfugie à St-Antoine de Tilly où vit leur fils Jacques. Rien n’indique que Pierre Bourgouin ait été de religion protestante. Marie Huet a été baptisée le 6 janvier 1642 au temple de Grand-Quevillon, à Rouen. Elle arrive en Nouvelle-France en 1667. Son premier mariage avec Adrien Lacroix est annulé et c’est l’année suivante qu’elle s’unit à Jean Boesmé, huguenot, engagé venu en 1664 de Poitiers. Ils se marient à Charlesbourg où les Jésuites avaient concédé une terre à Jean Boesmé. Marie Deshayes épouse Adrien Bétourné dit Laviolette, soldat du Régiment Carignan-Salières,  à Sorel et Marguerite Deshayes, que sa soeur Marie était venue rejoindre, épouse Pierre Ménard dit Saintonge, cordonnier, laboureur et notaire seigneurial, à Sorel. Toutes deux sont décédées à 52 et 63 ans à Montréal.

Isabelle Dubreuil et Madeleine Delaunay, huguenotes, retournèrent en France. Isabelle, arrivée en 1665, épouse Bernard Faure de Bordeaux. Elle repartit en 1667 et l’on ne sait rien de sa vie par la suite. Madeleine Delaunay, originaire du Languedoc, arrivée en 1670 avec une dot de 600 Livres, épouse Pierre Guillet dit Lajeunesse, huguenot, le 11 octobre 1670 au Cap-de-la-Madeleine. Elle émigre en 1695, laissant ici ses soeurs Anne, Jeanne et Suzanne, et elle décède à St-Jean-du-Perrot, à La Rochelle.

Ce n’est pas tout. La plupart des protestantes venaient de La Rochelle. Une bonne majorité, comme je l’ai dit plus haut, avaient été baptisées au temple protestant de La Rochelle. Ici, la majorité épousèrent des huguenots. Voyons cela de plus près.

La veuve Marguerite Ardion venue ici avec son fils Laurent Beaudet avait été baptisée au temple de Ville-Neuve. Elle épousa l’année de son arrivée, le 28 octobre 1663, Jean Rabouin, un huguenot de La Rochelle. Ils eurent 8 enfants. Par la suite, Jean Rabouin devenu veuf, se remaria 3 fois: en premières noces avec Marguerite Leclerc, baptisée le 12 février 1640 à St-Rémi de Dieppe, et ils eurent 3 enfants. Redevenu veuf en 1705, Rabouin épouse Catherine De Belleau qui annule précipitamment ce mariage. Finalement, il épouse en 1706 une poitevine qui lui donne un enfant. Ce destin est bien différent de celui de Catherine Barré qui arrive en 1663 de l’Île de Ré, née et baptisée en 1643 au temple protestant, qui épouse Nicolas Roy, maçon, et tous les deux repartent en France en 1665 sans qu’on en sache le motif.

Élizabeth Doucinet, arrivée en 1666, vient rejoindre sa soeur Marguerite qui avait épousé un huguenot Philippe Matou en 1662 à Québec. À son tour, Élizabeth épouse un huguenot, Jacques Bédard, baptisé au temple protestant en 1644 et qui avait abjuré l’hérésie de Calvin en même temps que ses parents en 1660. Ils se marient à Québec le 10 avril 1666 mais s’établissent à Charlesbourg. Le charpentier Bédard, notre ancêtre bien avant que nous revendiquions l’égalité entre les hommes et les femmes, le vivait ; à preuve : quand il fait don de sa terre à son fils Charles, le 3 mars 1711, il verse 400 Livres à chacune de ses 3 filles Catherine, M.-Jeanne et M.-Josephe « pour les égaliser avec leurs  frères « … Elizabeth et Jacques vécurent ensemble pendant 55 ans et eurent 17 enfants. A nne Javelot et Marie Léonard, toutes deux arrivées en 1666, épousent des huguenots. Anne épouse Jacques Leboeuf, arrivé en 1663 de La Rochelle et ils s’établissent à la Côte St-Michel, à Ste-Foy. Marie Léonard épouse René Rémy de la Champagne mais protestant, le 24 janvier 1667 à Beauport mais s’établissent à Trois-Rivières. Marie Targer vint retrouver sa soeur Elizabeth, veuve de Simon Piat, huguenot, et qui épouse, en 1659, à Québec, un autre huguenot, Mathurin Gerbert de Nantes.

Marie Targer épouse Jean Royer de St-Cosme-de-Vair, le 9 octobre 1663 à Ste-Famille de l’Île d’Orléans puis s’installent à Château-Richer où, à 40 ans, meurt Jean Royer. Marie Targer épouse ensuite Robert Tourneroche, tailleur d’habits et huguenot de Rouen. 6 enfants s’ajoutent aux 7 du premier mariage. Marie Targer mourut en 1712, à 70 ans et Robert Tourneroche en 1722, à 76 ans.

 

L’histoire retiendra l’apport des huguenots et des huguenotes dans le développement de la Nouvelle-France; la majorité de ceux et celles qui sont venus ici ont sans doute voilé leur appartenance au protestantisme et engagé leur nouvelle vie dans un silence d’appartenance « obligée » fuyant l’interdiction et les galères.


Les premières arrivées seront dirigées avec une compagnie de volontaires du pays sous le commandement du Sieur de Repentigny et Monsieur de Chambly vers Trois Rivières le 25 Juillet . Elles arriveront à point pour rassurer la population soumise aux attaques Iroquoises régulières. Le 10 août ,  ces compagnies repartent vers le Sault du Richelieu. Si certaines compagnies ont hivernées dans les forts,les autres ont passées l'hiver dans les villes :  Québec, Trois Rivières, Montréal.

Lettre de Jean Talon à Colbert

Mémoire de M. Talon

adrefsé à

Monseigneur Colbert         

Fait à Québec, ce dixième Novembre 1670

"Monseigneur,... Toutes les filles venues cette année sont mariées à 15 près que j'ai fait distribuer dans des familles connues en attendant que les soldats qui les demandent aient formé quelque établifsment et acquis de quoi les nourir.

"Pour avancer le mariage de ces filles, je leur ai fait donner, ainsi que j'ai accoutumé de faire, outre quelques subsistances, la somme de 50 livres monnaie du Canada en denrées propres à leur ménage.

"La demoiselle Etienne qui leur a été donnée pour gouvernante par Mefsieurs les Directeurs de l'Hôpital Général retourne en France pour prendre la conduite de celles qu'on enverra cette année; si Sa Majesté a la bonté d'en faire pafser, auquel cas il serait bon de recommander fortement que celles qui seront destinées pour ce pays ne soient aucunement disgraciées de la Nature, qu'elles n'aient rien de rebutant à l'extérieur, qu'elles soient saines et fortes, pour le travail de campagne, ou du moins qu'elles aient quelques industries pour les ouvrages de main, j'en écrit dans ce sens à Mrs. les Directeurs. Trois ou quatre filles de naifsance et distinguées par la qualité serviraient peut-être utilement à lier par le mariage des Officiers qui ne tiennent au pays que par les appointement et l'émolument de leurs terres et qui par la disproportion ne s'engagent pas davantage.

"Les filles envoyées l'an pafsé sont mariées, et presque toutes ou sont grofses ou ont eu des enfans, marque de la fécondité de ce pays.

 

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